Un jour, peut-être, la gastronomie camerounaise inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO
Serge Lemana Oyono, avec la contribution d’Isabelle Antunes, Le Cameroun sur la scène internationale du goût. Acquis et perspectives pour une diplomatie gastro-culinaire de rayonnement, Yaoundé, Ifrikiya, 2023, 264 p.
Diplomate camerounais en poste au Ministères des Relations extérieures de son pays, Serge Lamana Oyono, aidé de la géographe du développement et des terroirs Isabelle Antunes, aborde dans ce livre un pan des cultures africaines qui a jusqu’à maintenant peu attiré les chercheurs : la gastronomie ici étudiée comme vecteur de développement et instrument de rayonnement international. Comme l’annonce d’emblée l’auteur, l’ambition de cette étude est très grande : « L’intérêt du présent ouvrage se situe dans le fait qu’il montre comment le patrimoine culturel, en l’occurrence la cuisine, peut permettre au Cameroun de se développer rapidement, au regard de son objectif qui est de devenir émergent à l’horizon 2035. » Le potentiel agro-alimentaire du pays est immense compte tenu de la diversité de ses écosystèmes, en latitude et en altitude, tant dans le domaine végétal que dans celui des productions animales et de la pêche en eau douce ou en mer. Plus de 500 ingrédients culinaires ont été recensés dont beaucoup mériteraient une IGP*.
L’un des problèmes tient au fait que les Camerounais consomment de plus en plus de riz, mais aussi de pain, de biscuits et de pâtes alimentaires à base de blé, ces deux céréales étant très largement importées. C’est en particulier le fait d’une certaine élite plus ou moins occidentalisée. L’´État promeut le développement agricole, mais la sécurité alimentaire de la population demeure fragile, en particulier pour les 10 à 15% les plus pauvres. Il est essentiel d’encourager les Camerounais à mieux utiliser les productions locales, en particulier non conventionnelles, c’est-à-dire sauvages, souvent très nutritives, qui peuvent faire l’objet de préparations de haut goût comme la viande d’escargot à la sauce d’échalotte au manioc doux, le couscous d’igname et sauce aux amandes de mangues sauvages, les termites à la pâte de courge, le serpent boa en sauce aux graines de ricinodendron, les larves à la noix de coco, les chenilles frites, la viande de brousse aux graines d’oseille de Guinée, etc. Il convient aussi de redonner toute leur place aux céréales et aux tubercules cultivés sur place depuis toujours : mil, sorgho, niébés, sésame, manioc, ignames, patates douces, mais aussi aux épices et condiments, ainsi qu’aux animaux d’élevage traditionnels, en particulier les volailles. 14 traditions culinaires régionales ont été définies et sont analysées dans la dernière partie de l’étude, accompagnées de photographies très suggestives.

L’UNESCO a commencé à inscrire sur une liste représentative du patrimoine culturel immatériel en 2008. La France a été le premier pays à obtenir l’inscription d’un élément alimentaire en 2010, « Le repas gastronomique des Français ». D’autres pays ont suivi, mais l’Afrique timidement. En 2014, l’UNESO a inscrit à la demande du Maroc « L’argan, pratiques et savoir-faire liés à l’arganier », puis en 2020 à la demande de l’Algérie, du Maroc, de la Mauritanie et de la Tunisie, « Les savoirs, savoir-faire et pratiques liés à la production et à la consommation du couscous ». En 2021, ce fut le tour, à la demande du Sénégal, du ceebu jën(thiéboudiène), le riz au poisson, et de « La réussite de la promotion des aliments traditionnels et de la sauvegarde des modes d’alimentation traditionnels du Kénya ». En 2022, vint la harissa tunisienne puis en 2023, le xeedho (plat de viande de dromadaire) de Djibouti. Et pourtant, les traditions culinaires de l’Afrique se perdent à grande vitesse du fait de l’exode rural accéléré et de la mondialisation. C’est pourquoi ce livre est si important. Il faut espérer qu’il préfigure une démarche du gouvernement camerounais en vue de l’inscription de sa gastronomie sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, prélude à une réflexion de toute la population sur l’intérêt des nourritures locales à la fois pour leur saveur et pour la sécurité alimentaire qu’elles assurent.
Jean-Robert Pitte, Président de la MFPCA
*Notons que Le poivre de Penja et le miel d’Oku, produits au Cameroun, et le café Ziama-Macenta, produit en Guinée, sont reconnus en Indication géographique protégée. Les IGP développées en Afrique, dans le cadre de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) sont des labels de qualité analogues aux IGP et AOP définies dans le cadre des politiques européennes de la qualité et de l’origine des produits agroalimentaires.
Le poivre de Penja fait partie des poivres d’exception, tout à la fois parfumé et puissant. 70 tonnes de poivre blanc sont produites chaque année autour de Penja, au Cameroun, par environ 300 producteurs. Les exportations se montent à 16 tonnes.
Le miel d’Oku est blanc à clair, naturellement crémeux, frais en bouche avec des arômes de fleurs et d’agrumes. Il est issu de la forêt protégée Kilum-Ijim, haut lieu de biodiversité, sur les flancs du mont Oku. Six cents apiculteurs produisent 20 tonnes de miel blanc d’Oku..
Source : https://agriculture.gouv.fr/des-produits-africains-reconnus-par-des-signes-de-qualite
